IL ETAIT UNE FOI

Après avoir ravi, mais plus certainement agacé de nombreux lecteurs sur ce site, l'essai présenté dans sa version électronique et intitulé "Addenda aux Ecritures, Paroles, Révélations et autres intentions inspirées par Dieu et consorts - Les croyances, un leurre pour l'esprit, du pipeau pour l'âme", a été édité en 2002 par :

Editeur Mensa Be

Son nouveau titre : Il était une foi.

Présentation :

La foi est-elle soluble dans l'esprit ? demandait l'humoriste. Si tel était le cas, cette incohérence intellectuelle aurait depuis longtemps disparu. Dieu -peu importe son nom- se serait dégonflé comme une baudruche et l'influence des croyances sur nos vies serait passablement anecdotique. Or, des millions de discours font toujours l'apologie de ce néant, entraînant une vision aberrante du réel où s'enlisent les communautés de croyants. Cela ne serait rien, liberté oblige, si l'entretien des croyances religieuses et assimilées ne générait autant de misères.

Peut-être êtes-vous déjà engagé dans l'une ou l'autre forme de spiritualité ? Peut-être, poussé par un besoin d'absolu, attiré par des parfums de pureté, vous apprêtez-vous à croire en Dieu (sait quoi) ? Que votre foi soit inébranlable ou sujette au doute, ce petit livre est pour vous. Vous ne risquez rien, ou si peu... Seule votre lucidité, du moins si vous tenez à cet ingrédient, aura tout à y gagner ! Quant aux impies, aux mécréants, aux athées, aux libres penseurs, ils y trouveront les justifications raisonnées de leurs convictions, et ce petit livre deviendra vite le présent idéal pour leurs fragiles amis.

Quelques extraits :

Selon James Ussher, évêque d'Armargh en 1650, Dieu (celui auquel il croyait) commença la création du monde le lundi 20 octobre 4004 avant J.-C. vers neuf heures du matin. Il ne fallut à ce brave évêque que le livre de Moïse et un boulier compteur pour établir ce constat. Un siècle plus tard, Buffon recula cette date d'au moins 35.000 ans. Vinrent ensuite des archéologues, des paléontologues et des géologues plus circonspects et mieux équipés. Puis des astrophysiciens de plus en plus audacieux. Nous en sommes aujourd'hui à un nombre d'années exprimé en milliards, dont la représentation à l'échelle humaine confine au vertige. Quant au responsable " de ce qui ressemble de moins en moins à une création volitive, il s'est retranché dans le même temps derrière des paravents de plus en plus intangibles. Toutes les traditions, religions et mythologies génésiques furent ainsi soumises à l'épreuve de la connaissance.

Ces déterminations successives de l'âge de l'univers, singulièrement extensibles au gré des coups de boutoir de l'illumination scientifique, expriment assez bien l'emprise de l'homme sur ses propres croyances. C'est de l'esprit humain et de rien d'autre, dans toute sa splendeur perfectible, qu'émergent les vérités successives, lesquelles peuvent prendre à chaque étape valeur de dogmes !

Ainsi naquit, il y a de cela bien longtemps, l'idée de(s) dieu(x), concept très utile pour la justification des zones ténébreuses que ce même esprit balbutiant ne savait encore atteindre. Notons que, tel le phénix, cette idée sait toujours renaître quand il le faut, aujourd'hui plus que jamais, en se nourrissant de vieux fantasmes, en n'hésitant pas à en créer de nouveaux chaque fois que l'ignorance, la peur, l'incompréhension ou plus prosaïquement un quelconque intérêt idéologique, politique ou économique pointe le nez dans nos affaires. Le " projet divin " revient alors à la rescousse, sorte d'équation fondamentale à jamais indémontrable. Grâce à cette notion de " projet divin ", nous sautons à pieds joints dans le domaine des croyances, terrain marécageux s'il en est !

Pour son propre salut, ce sujet ne souffre aucune argumentation raisonnable qui ne puisse être aussitôt balayée par le sacro-saint principe de croyance autrement dit la foi. En effet, la foi est une liberté que la raison n'atteint guère ! Les rapports que d'aucuns seront tentés de faire entre ces deux domaines de l'esprit se heurteront toujours sur des concepts réfractaires les uns par rapport aux autres. Le résultat en est cette impression désagréable de deux langages antagonistes tentant vainement de s'interpénétrer à la recherche d'un inexistant dénominateur commun. Lorsque des démonstrations scientifiques, des développements philosophiques sérieux ou le simple bon sens populaire, viennent à l'appui de la raison, la sacro-sainte foi, secondée de ses textes abscons et au besoin par une poignée de miracles, arrive aussitôt à la rescousse des croyances. Suivant les époques et les idéologies dominantes, les sciences elles-mêmes peuvent se muer en croyances, tandis que des religions parviennent à se parer d'atours scientistes. Ni les unes ni les autres ne sont à coup sûr détentrices de la Vérité Fondamentale recherchée si ardemment par l'homo sapiens sapiens. Le choix d'une croyance ou d'une morale, du moins lorsqu'il est librement autorisé, est une affaire de sentiments plus que de démonstrations. Les plus incompréhensibles paradoxes peuvent d'ailleurs se rencontrer en cette matière sans pour autant apparaître comme d'affreuses verrues dans le paysage intellectuel où ils sont générés. Ainsi, un homme de science habile à démonter les mécanismes de l'évolution et proclamant néanmoins sa foi dans une doctrine religieuse pour le moins contradictoire, demeure un phénomène mystérieux assez courant !

(....) La plupart des gens n'aiment pas ou ne sont pas équipés pour penser par eux-mêmes, dès que cette pensée s´égare sur des chemins où l'abstraction fait progressivement disparaître les repères organiques de base. Ce n'est pas faire injure au gros de la troupe humaine que d'affirmer cela. Ce constat résulte d'une observation qui peut être répétée partout à toutes les époques. Par ailleurs, il est toujours plus confortable de penser avec la majorité ! Se couler dans le moule des idées, croyances et comportements communs au plus grand nombre permet de surcroît de bénéficier des multiples avantages générés par le système, quand bien même, en son for intérieur, le candidat profiteur n'en pense pas moins. Parfois, c'est même tout simplement de survie qu'il s'agit ! En bien des endroits, aujourd'hui comme hier, il ne fait pas bon pour sa santé philosopher en contradiction avec l'idéologie dominante.

(...) Certaines cultures ont sciemment inventé des dieux sots ou imbéciles, ou même pourvus de toutes les perversités humaines, mais ces mythologies sympathiques et nettement plus réalistes ont été rangées au panthéon des sottises par ceux-là mêmes qui croient toujours en Lui , le Majuscule, le fameux Grand Manitou officiellement décanté et survivant du magma d'absurdités historiques."

(...) Le problème, c'est que l'intervention du divin dans l'élaboration du monde a une fâcheuse tendance à se restreindre au fur et à mesure de notre compréhension de celui-ci. Les anciens pouvaient penser (et même croire !) que ce qui les entourait était déposé sous copyright divin : ciel, nuages, terre, mer, créatures, événements... Nous n'en sommes plus là. Ce qui existe ici et partout est le produit des transformations causales incessantes de l'univers depuis ses origines. Le dieu créateur s'est aujourd'hui réfugié derrière le mur du big bang, qui n'est qu'un paravent pour notre incompétence actuelle à la compréhension de ce qui n'est, forcément, qu'un phénomène naturel de plus. Exit donc le dieu agent immobilier et fournisseur de biens !

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