L'Histoire, même la petite, retient ce qu'elle veut bien ! Ou, plus exactement, un certain « establishment » assez mal défini, fait en sorte de ne retenir pour les générations futures que ce qu'il juge opportun.

Qui n'a jamais parcouru un dictionnaire des noms propres pour y constater, aussi bien la présence de personnages franchement insignifiants (lorsque l'on considère l'impact actuel de l'information les concernant), et l'absence quasi incompréhensible d'autres personnages méritant cent fois d'être mentionnés. Certes, il peut y avoir de simples oublis, sans compter l'impossibilité matérielle de signaler le moindre quidam auteur d'un quelconque fait d'arme, de corps ou d'esprit. Il y a aussi la subjectivité du lecteur pour qui tel personnage paraîtra plus important qu'un autre... Mais il y aussi la Trappe de l'Histoire !

Connaissez-vous Gëorgia Knap ?

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(1866 – 1946) 

« Une énigme vivante, le plus effarant génie contemporain, le plus grand marchand de miracles et d'espérance des temps modernes, l'homme aux 80 métiers, l'homme qui a changé de corps et de visage, le cerveau qui a le plus créé et qui a le plus d'ennemis »

Cette envolée pour le moins généreuse est de son biographe Max Taillefer , dans son ouvrage « La vie merveilleuse de Georgia Knap » . Or, aucune trace de Knap, qui est pourtant français, dans mon « Larousse », entre Kluge , « maréchal allemand qui se suicida en 44 suite à l'échec de sa mission », et Kniaseff , « danseur et chorégraphe russe, inventeur de la barre à terre ». Pourtant, la vie et l'œuvre de Knap sont pour le moins époustouflantes. Quelques faits :

  • Naturopathe avant la lettre, il expérimente sur lui-même une méthode de rajeunissement qui, au vu des photos avant/après, est au minimum extraordinaire
  • Auteur d'une thérapie nouvelle pour le soulagement instantané des douleurs rhumatismales
  • Inventeur du concept des cottages sociaux pouvant être construits avec le moule géant Goliath (25 groupes de maisons construits en 1936)
  • Inventeur de la « maison électrique » (prémices de la domotique) présentée à Paris dès 1907, et encore pour l'exposition de 1937
  • Architecte : plans de villas, hôtels-restaurants à services électromécaniques
  • Constructeur d'automobiles et motocyclettes (brevet acheté par la Société Liégeoise d'Automobiles)
  • Compositeur et chanteur (opéra « Thésée »)
  • Cinéma : invente un écran en aluminium qu'il faisait payer aux exploitants de salle par l'économie faite sur la lumière
  • Dessinateur industriel, dermatologiste, horticulteur (créateur d'amarante géante,...), agriculteur (créateur de ruches vitrées), parfumeur, pâtissier (gâteau aux bananes), radiologue, horloger, imprimeur, vitrier,... et j'en passe !
  • Et, bien entendu, auteur de divers ouvrages tels que : « Fabrication des moteurs à explosions pour automobiles », « Eclairage électrique par le vent », « La maison électrique », « Pour vaincre la décrépitude du visage et du corps et reculer les limites de la mort », « Le soulagement instantané des douleurs rhumatismales », « Contes et récits », etc.
Est-il besoin de préciser que ce créateur universel était plutôt mal accepté par « l'Intelligentsia » de son époque, en cause sa modeste extraction, ses conceptions sociales révolutionnaires, son parcours d'autodidacte et ses pieds-de-nez à la médecine officielle. Résultat : l'Histoire s'empressa de l'enterrer deux fois !

Les traces (surtout les livres les plus dérangeants !) de ce type de personnage finissent alors par disparaître des bibliothèques publiques. Soit parce que des amateurs éclairés, pressentant le passage à la trappe de l'histoire, se constituent une collection privée. Soit il s'agit d'une dynamique mystérieuse, inconsciemment orchestrée par « l'air du temps », qui conduit des mains innocentes à déclasser des ouvrages jugés « inadaptés ». En conséquence, ces références potentielles ne sont plus découvertes par les nouveaux créateurs, qui souvent « réinventent » en ayant l'illusion d'être des précurseurs. Bref, l'histoire patine, perd du temps, passe à côté de trouvailles qui pourraient améliorer grandement le confort de tous... Car, - le croiriez-vous ? -, ce qui est « oublié » est très souvent ce qui pourrait être socialement profitable au plus grand nombre, mais fatalement aussi ce qui égratigne l'orgueil et le portefeuille du petit nombre des meneurs du monde.

L'Histoire est ainsi faite, elle évacue et oublie ce qui dérange les intérêts de certains. La trappe de l'histoire engloutit livres, brevets, idées, expériences, et personnages !

Gëorgia Knap est un de ces exemples, tout comme Jacques Bergier qui lui non plus n'a pas droit à une seule ligne dans le même dico… (voir Espace Jacques Bergier)

Gallerie photos de Gëorgia Knap

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