(Petite nouvelle pour faire suite au concours de nouvelles inter-établissements 1999-2000 du lycée de Saint-Lô)
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" Laboratoire GENETECH achète créature(s) en bonne santé pour expérience scientifique. Tel: 30 54 59 12 26. " - Et si j'essayais ?, me dis-je tout en reposant le magazine où je venais de lire cette petite annonce pour le moins sibylline. Mes yeux s'étaient posés sur elle par le plus grand des hasards. Il faut dire qu'elle se trouvait, en caractères minuscules, sous la rubrique " divers " de la revue " Oracle et Santé " ! Ce n'est qu'une publication au contenu stupide et farfelu, que ma femme achète tous les mois et qu'il me ferait mal de lire. Enfin, j'avoue qu'il m'est arrivé de parcourir certains articles, de la même façon qu'on se laisse parfois piéger par une émission télévisée débile. Outre l'incontournable horoscope, on y trouve le moyen de faire disparaître la culotte de cheval grâce aux incantations et de repousser les " ondes nocives " en semant des clous de girofles dans tous les coins de la maison, vous voyez le genre ! Le magazine était étalé devant moi, sur la table basse du salon, ouvert à la page des petites annonces. J'étais installé dans un fauteuil tandis que ma femme refroidissait sur le carrelage, à mes pieds. Je réfléchissais à ce que j'allais faire et c'est ainsi que, machinalement, mes yeux étaient tombés sur l'annonce. Peut-être le hasard m'offrait-il une solution pour mon problème ? Je dégainai mon portable. - Genetech ?, demandai-je dès que la
communication fut établie. Il y eut un bref silence, puis mon
interlocuteur reprit : Tandis que l'autre discourait savamment, j'observai ma femme du coin de l'œil. Je l'avais assassinée en serrant un sac plastique autour de sa tête, dix minutes plus tôt. Il était clair qu'elle n'était pas " vraiment " détériorée ! - J'ai ce qu'il vous faut, lançai-je. Ma
" créature " est morte il y a à peine dix minutes. Un
stupide accident domestique... Mais elle était en excellente santé ! Je jaugeai le cadavre de ma femme avant de
répondre : Nous nous accordâmes sur les derniers détails de la transaction et je raccrochai. C'était exactement ce que je voulais. Je me moquais bien de la poignée d'euros que j'allais recevoir, Genetech pouvait même oublier de me les verser. L'important, c'était que le cadavre de ma femme disparaisse de chez moi au plus vite. Après, je pourrais toujours prétendre qu'elle était partie avec un amant imaginaire ou retournée chez sa mère au Kamtchatka. Le plus délicat, dans une affaire de meurtre, c'est le cadavre ! Vous pouvez fignoler votre coup autant que vous voulez, établir les meilleurs alibis, effacer toutes les traces, brouiller toutes les pistes, tant qu'il reste un cadavre, le coupable n'est jamais à l'abri de la perspicacité d'un Columbo obstiné. Tandis que l'absence de cadavre, sauf aveux délibérés de l'auteur du crime, signifie l'impunité absolue ! Genetech allait me débarrasser de celui-ci et je n'aurais même pas à me déplacer. Naturellement, ce pseudo laboratoire scientifique se rendrait vite compte que le caisson isotherme ne contenait pas mon ex-fidèle saint-bernard, mais mon ex-salope Gisèle ! Mais il serait trop tard. Et je voyais mal un laboratoire manifestement clandestin, s'occupant de choses douteuses et probablement illicites (pour passer une annonce dans " Oracle et Destin ", il fallait qu'elles le fussent !), appeler la police pour signaler la récupération d'un cadavre humain ! À eux de se débrouiller avec ma Gisèle… La transaction se passa sans encombre. Les livreurs n'insistèrent pas pour placer eux-mêmes la " créature " dans le caisson et le lendemain les déménageurs n'en vérifièrent pas le contenu avant de l'emporter, une chance ! Plusieurs jours s'écoulèrent pendant lesquels, je l'avoue, je craignis de voir débarquer la police à mon domicile. Ces craintes furent vaines. Les semaines passèrent sans la moindre complication. Quel calme ! Quelle paix retrouvée dans ma vie ! Personne ne s'inquiéta de l'absence prolongée de Gisèle. Certains pensèrent qu'elle avait dû me quitter définitivement, lasse de nos querelles répétées, mais personne n'eut l'audace d'imaginer de quelle manière. Pas de cadavre, pas de meurtre ! Quant à Genetech, je ne reçus même pas un coup de fil pour m'agonir d'insultes et de reproches, encore moins de retour du colis. Je fus même étonné de voir arriver sur mon compte en banque les quelques euros convenus lors de la transaction, sans doute le résultat de leur routine administrative. Le temps passa. J'avais presque complètement oublié Gisèle. Onze mois après ces événements, je rentrais chez-moi après une soirée bien arrosée au bar de la Chope d'étain, quand j'eus la surprise de ma vie ! J'avais à peine allumé la lumière dans ma chambre que je faillis tomber raide mort, foudroyé par un accès de terreur indescriptible ! Gisèle, ma Gisèle, était là, bien vivante ! Elle était nonchalamment installée sur mon lit, et elle souriait comme aurait pu le faire un serpent prêt à mordre. - Je suis revenue, cracha-t-elle de sa voix
de crécelle que je détestais tant. Je sortis de la chambre conjugale en titubant. J'avais besoin d'un grand, d'un très grand verre de whisky. Ma bouteille de William Parker, achetée la veille, avait été entièrement vidée dans l'évier de la cuisine ! Et je sus quelle serait ma punition pour ce que j'avais fait, et je sus qu'elle n'aurait pas de fin ! |