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Le vol Londres - Rome se posa sur l’asphalte de l’aéroport italien avec plus d’une demi-heure de retard. Un léger choc, suivi du crissement des pneumatiques soumis à un freinage intensif, signala aux passagers le contact rassurant avec le sol. Puis ce fut le feulement régulier de l’appareil en décélération qui meubla le silence relatif de la carlingue. Lorsque l’arrêt fut enfin complet, les bouches se descellèrent et l’on entendit les soupirs libérateurs des tensions accumulées durant les dernières heures. Il y eut même quelques timides applaudissements. La voix sensuelle de l’hôtesse tomba alors des haut-parleurs afin de délivrer les consignes pour le débarquement. Parmi les cent dix-sept passagers, quatre avaient conservé un calme olympien malgré les turbulences sévères rencontrées tout au long du vol. L’un d’eux dormait profondément, assommé par quelques whiskies bien tassés. L’hôtesse dut le secouer par les épaules pour le tirer de sa torpeur. Deux autres étaient des pilotes militaires et il fallait plus que quelques remous atmosphériques pour les impressionner. Le dernier était Moran Tabes et celui-ci n’avait aucun mérite car il ignorait toute forme de peur. - Il n’y a qu’une chose réellement efficace pour annihiler la peur, songeait-il d’ailleurs assez souvent, et ce n’est pas le courage ! Moran Tabes pensait à la folie, évidemment, mais ce mot ne pouvait être formellement entendu par sa conscience, aussi ne le prononçait-il jamais. Il défit sa ceinture et étira ses longues jambes maigres avant de redresser son mètre quatre-vingt-dix entre les sièges. Il avait choisi un côté hublot car il préférait regarder à l’extérieur, même s’il n’y avait pas grand chose à voir, plutôt que de contraindre son regard à se poser sur les gens, ses « semblables », pour lesquels il n’éprouvait qu’aversion et mépris. Heureusement, personne n’avait pris place sur le siège immédiatement voisin du sien. Seul un homme d’âge mûr occupait la troisième place côté couloir. Celui-ci avait bien tenté d’échanger quelques paroles avec lui, mais il s’était détourné sans répondre. L’autre n’avait pas insisté. Une jeune femme longiligne et à l’abondante chevelure rousse se leva dans la rangée située juste devant Moran. Leurs épaules se frôlèrent et l’homme put humer le parfum suave, mélange harmonieux de cannelle et de lys, qui flottait autour d’elle. Cela lui rappela, en plus fin, en plus précieux, l’odeur de la poitrine chaude et lourde au creux de laquelle il avait enfoui son visage quelques jours plus tôt. - C’est à croire que la nature remplace immédiatement ce que l’homme lui soustrait, se dit-il en saisissant son bagage dans le logement au-dessus du siège. Cette réflexion eut pour effet de le libérer encore plus complètement de son récent forfait. Non qu’il eût pu connaître quelque remords, cette sensation lui étant parfaitement inconnue, mais il était toujours plaisant de recevoir du destin un signe de paix et de pardon. À ses yeux, cette rouquine italienne au parfum voluptueux venait de prendre, sans le savoir, la place de la rouquine londonienne au lourd parfum de prostituée. La méditerranéenne était moins vulgaire, plus élégante, plus attirante et, surtout, comme purifiée de ce qu’il avait fait à l’autre ! - La métamorphose par le sang et la douleur, quelle superbe réussite ! songea encore Moran. Il trouva, dans cette constatation, la justification définitive de ses actes. Il regarda s’éloigner l’inconnue en lui souhaitant mentalement une vie longue et heureuse. Celle de Londres avait souffert pour elle. Elle était morte par ses mains et celle-ci, l’Italienne, allait vivre ! Par un de ses surprenants mystères, la nature avait réussi à transmuter son énergie vitale de la plus précieuse façon qui soit. Moran Tabes pouvait être fier de lui. Son bagage à main était aussi léger que son âme. Il contenait seulement une pochette avec ses papiers d’identités, un peu d’argent liquide, une lame effilée ressemblant à un instrument de chirurgie et un petit livre sur l’empereur Néron. Il avait tenu à conserver la lame par une sorte de nostalgie enfantine. Quelque part, dans les tréfonds de sa conscience, il avait même espéré que le service de sécurité de l’aéroport britannique l’interpelle pour le port de cet « outil », lequel pouvait être considéré comme une arme prohibée. Peut-être la police aurait-elle fait alors le rapprochement avec le meurtre de la prostituée ? Si cela avait été le cas, Moran n’aurait pas cherché à nier. Il aurait accepté le verdict des événements comme il acceptait sa propre nature. Mais personne n’avait remarqué l’objet en sa possession. Les détecteurs des portiques de sécurité n’avaient même pas réagi. Quant au signalement du meurtrier en fuite, il était trop vague pour qu’il pût se sentir inquiété. Il n’allait tout de même pas se dénoncer, d’autant qu’il avait des choses plus urgentes à faire ! L’homme s’inséra dans la file des passagers sortant de l’avion en prenant grand soin de ne toucher personne. La rouquine longiligne était à présent loin devant lui, mais il lui semblait toujours percevoir son parfum envoûtant. Cette senteur étrange et précieuse avait mis sa mémoire à vif. Tout en marchant, il revit avec une netteté éblouissante les détails de son « œuvre » londonienne. Il était arrivé dans la capitale britannique par le vol de Miami quelques jours plus tôt. Son bagage à main contenait alors un livre célébrant les exploits du célèbre « Jack The Ripper ». - L’éventreur londonien vaut bien un pèlerinage ! s’était dit Moran en quittant Miami dans la précipitation, laissant sur place les corps criblés de balles d’un banquier, d’un bootlegger et de deux officiers de police. Avant d’embarquer sur le vol transatlantique, il avait abandonné, dans une poubelle, un pistolet mitrailleur et une brochure relatant les exploits d’un certain Al Capone, glorieuse figure du banditisme local auquel il avait rendu, à sa manière, un vibrant et pétaradant hommage ! À Londres, la réalisation de son pèlerinage avait demandé plus de doigté, plus de finesse. Le livre donnait des détails précis sur la méthode d’éventration de Jack. Les circonstances, le choix des victimes, la méthode, le prélèvement des organes... C’était là un travail incontestablement plus délicat que flinguer une bande de types à la mitraillette. Moran avait repéré la prostituée le premier jour. Malheureusement pour le réalisme de la reconstitution, les « quartiers chauds » de la ville n’étaient plus aussi sordides ni aussi sales qu’au siècle de Jack. Moran aurait pourtant aimé accomplir son geste par une de ces nuits anciennes, lourdes du brouillard poisseux et malsain levé de la Tamise. Comme au temps de Jack ! Pour le plaisir de traquer sa victime sans que celle-ci ne distingue autre chose que sa propre angoisse se répercutant entre les murs aveugles, au rythme de ses pas affolés cognant le pavé. Et puis, à l’issue de cette traque sordide, savourer les plaintes stridentes des sifflets des bobbies rameutant les renforts, éteignant du même coup les râles de sa victime agonisante. Mais il avait dû improviser, s’adapter aux conditions modernes ! Le smog ne recouvrait plus que rarement la capitale britannique. Après tout, seul le geste comptait. Il leva la fille contre la promesse de quelques billets, dans une rue vouée à la prostitution, comme l’aurait fait n’importe quel touriste de passage. Il était sans doute surveillé de loin par l’un ou l’autre souteneur, mais cela n’avait pas la moindre importance. Il suivit docilement la fille jusque dans la chambre d’amour. Une jolie chambre, chaleureuse, propre, avec des miroirs judicieusement placés et des fanfreluches érotiques sur l’édredon. D’un geste machinal, la rouquine baissa le store devant l’unique fenêtre avant de se dévêtir. Dans son projet, Moran n’avait pas prévu de baiser cette fille un peu ronde, mal maquillée et aux sous-vêtements sexy serrés à outrance, mais il ne put rien faire contre l’érection qui le prit à ce moment. Par ailleurs, ce qu’il s’apprêtait à faire allait certainement provoquer d’abondantes éclaboussures et il valait mieux dans ce cas qu’il fût nu. Il se dévêtit à son tour complètement et s’allongea sur le lit. Il se laissa faire quelques minutes par la bouche experte de la rouquine, puis il la chevaucha sans passion. La fille laissa échapper quelques râles parfaitement calculés, histoire de marquer le rythme. Moran jouit rapidement, sans un mot, sans même un soupir. Il se retira en douceur et enleva le préservatif gonflé de sperme qu’il jeta dans la poubelle. D’un geste discret, il prit alors la lame qu’il avait placée à portée de main, sous son pantalon posé sur une chaise. Tandis que la fille s’installait sur le bidet, il l’attrapa par le cou, la retourna violemment face vers lui et enfonça rageusement la lame dans son bas-ventre. Elle essaya bien de crier et de se débattre, mais la surprise et la douleur eurent rapidement raison de sa lucidité. L’homme plaqua d’ailleurs une main sur sa bouche et la rejeta sans ménagement sur le lit. Puis il s’acharna sur son ventre à coup de lame, crevant et détachant les organes sanguinolents, ainsi qu’il l’avait lu dans la biographie de Jack. Les viscères se répandirent sur la couche en une marée visqueuse et puante. Le corps de la fille cessa de palpiter. Jack pouvait être satisfait ! Moran s’était ensuite lavé consciencieusement avant de se rhabiller. Il avait jeté dans la poubelle, là où se trouvait déjà le préservatif souillé, le petit livre sur Jack l’éventreur désormais inutile. Sans réellement savoir pourquoi, il avait nettoyé et conservé la lame meurtrière. Il pensait qu’il pouvait aussi bien s’en débarrasser plus tard, dans les eaux du Tibre ou ailleurs. Il était néanmoins resté quelques jours à Londres afin de savourer les effets de son acte en fréquentant quelques pubs où, bien sûr, l’exploit du tueur était largement commenté. Les médias populaires et la presse à scandale s’en donnaient à cœur joie, redoublant d’évocations plus sordides les unes que les autres. De son côté, la police enquêtait avec, en mémoire, la fièvre d’un inquiétant souvenir vieux de plus d’un siècle. Scotland Yard avait prélevé ses empreintes digitales et récupéré son profil génétique. Moran ne s’était pas soucié un seul instant de ces détails. À l'époque, Jack ne l’avait pas fait non plus. De toute façon, Moran Tabes n’était pas fiché, ou s’il l’était, il s’en moquait complètement. Il ne cherchait même pas à se dissimuler outre mesure car il sentait confusément qu’on ne l’attraperait pas de sitôt, qu’on ne le soupçonnerait même probablement jamais ! L’œuvre qu’il accomplissait était, à ses yeux, d’une trop grande importance pour que le destin s’y opposât de façon aussi stupide. Moran suivit docilement les passagers du vol Londres - Rome et passa sans encombre les formalités du débarquement. Il ressemblait à un touriste banal, ni plus ni moins suspect que des millions d’autres. Il récupéra une petite valise qui ne contenait rien de compromettant et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouva dans un taxi dont le conducteur se mit à lui parler comme à un cousin qu’il n’aurait plus vu depuis quinze ans ! Moran lui présenta un billet portant une adresse manuscrite puis se renfonça dans la banquette arrière sans desserrer les mâchoires. Le chauffeur continua à faire la conversation pour deux, sans se formaliser, tout en se faufilant dans une circulation de plus en plus dense. Il conduisait vite et sèchement, et Moran avait la nette impression qu’il ne prenait pas le chemin le plus direct. Il ne connaissait pas la « Ville Éternelle », si ce n’est sur le plan qu’il avait étudié et sur lequel seize endroits stratégiques avaient été pointés d’un cercle rouge. Des endroits grandioses, importants culturellement et économiquement. Des endroits où le feu causerait des dégâts considérables, où des incendies spectaculaires pourraient se répandre sur des quartiers populeux et être admirés depuis un endroit stratégique pointé de vert sur la même carte. Depuis plusieurs semaines, grâce à Internet, Moran préparait consciencieusement son expédition romaine. La location d’un petit entrepôt fort discret n’avait pas posé le moindre problème. Le recrutement d’un homme de main pour les transactions secondaires et l’entreposage des « colis », n’avait pas été plus difficile. Il avait dû manœuvrer plus délicatement pour négocier le prix des bombes incendiaires et leur acheminement chez son intermédiaire, mais il avait finalement conclu la transaction avec succès. Partout dans le monde, le dieu « dollar » permettait toujours toutes les folies sans avoir besoin de fournir des explications embarrassantes, et par un fait du destin, Moran disposait en abondance de cette sorte d’argument. Il lui suffisait de distribuer son argent pour obtenir tout ce qu’il voulait, n’importe où et n’importe quand ! Le taxi s’immobilisa enfin devant un petit hôtel de troisième catégorie, en plein centre de Rome. Le chauffeur parlait toujours, sans doute essayait-il de se recommander pour le lendemain, promettant les meilleures visites guidées de toute l’Italie : « monumenti, mangiare, casa di piacere et tutti quanti ! » Moran laissa une liasse d’euros trois fois suffisante pour la course et s’écarta du bavard sous un decrescendo fleuri de « grazie mille ». Il pénétra dans le hall de l’hôtel et ce fut comme s’il échappait soudain aux hordes sauvages dévastant la civilisation sous le soleil liquide du Latium. L’ordinaire des rues et des ruelles romaines était un véritable enfer pour quelqu’un cherchant comme lui la paix et la solitude. Sa chambre avait été réservée. Il signa le registre de son nom véritable, sans façon. Il reçut une enveloppe laissée à son nom, laquelle contenait la clé de l’entrepôt et des informations techniques concernant le maniement et l'installation des fameux « colis ». Il commanda encore une pizza « quatre saisons » et six bouteilles de bière avant de monter dans sa chambre. La journée du lendemain allait être épuisante. Il lui faudrait d’abord trouver l’entrepôt, comprendre le fonctionnement des bombes incendiaires puis effectuer seize déplacements au cœur de la ville afin de dissimuler au mieux les seize « colis » dans les lieux les plus appropriés. Au mieux, il en aurait jusqu’à la nuit et peut-être même pour toute la nuit et une partie de la journée du lendemain. Il prévoyait d’ailleurs son « grand feu de joie » pour le lendemain soir ! S’imagine-t-on avec quelles difficultés un homme seul peut transporter, une à une et dans la plus grande discrétion, seize valises bourrées chacune de cinquante kilos d’explosifs, dans une ville où grouillent en permanence plusieurs millions d’habitants et de touristes ? Sans compter les policiers qui n’y sont pas moins perspicaces qu’ailleurs ! Par chance, Moran Tabes ne fut pas inquiété une seule fois. Planquer les valises aux endroits stratégiques, là où elles ne risquaient pas d’attirer l’attention des curieux ou des voleurs avant l’heure fatidique, ne fut pas non plus une mince affaire, mais il y parvint néanmoins sans encombre. Avec un minimum d’organisation, il put parfaitement coordonner toutes les opérations entre l’entrepôt de la zone industrielle, sa chambre d’hôtel au centre-ville et l’endroit, choisi pour son point de vue idéal, d’où il télécommanderait la mise à feu des seize bombes incendiaires. Néron lui-même n’aurait pu mieux choisir sa tribune ! Tout Rome ou presque moutonnait en contrebas de l’endroit choisi par Moran comme centre d’opération. De cet emplacement, il aurait une vue directe sur douze des seize foyers et les quatre autres se devineraient aux clartés rougeâtres qu’ils ne manqueraient pas d’imprimer dans le ciel nocturne. Puis, très vite, ce serait la totalité de ce ciel qui s’embraserait de couleurs sanguines, toile de feu déchirée de cris de paniques et du hurlement de sirènes. Non, vraiment, Néron n’aurait pu mieux faire ! L’empereur allait être content ! Moran Tabes termina la mise en place de la seizième et dernière bombe vers trois heures du matin. S’il n’avait dû préparer son pèlerinage suivant, il aurait pu se rendre immédiatement à l’endroit prévu pour télécommander la mise à feu et jouir du spectacle de la cité en flamme. Mais cela pouvait attendre une journée de plus ! Même si, par le plus grand des hasards, la police découvrait et désamorçait à temps une ou deux bombes, cela n’était pas de nature à compromettre l’opération. À côté de l’enfer qui bientôt allait se déchaîner du Palatino au Trastevere, de Trinita del Monti au Circolo Massimo, le souvenir des feux boutés jadis par les forbans de Néron passerait bientôt pour de tristes brûlots ! - Pèlerinage ! Cette cruelle exaltation des pires bassesses humaines ne cessera-t-elle jamais ? songea un Moran Tabes fatigué mais repu après un copieux repas de pasta et de vin. La télécommande ne tenait pas plus de place qu’un téléphone portable dans la poche de sa veste. Il aimait caresser le petit objet lisse et froid, à la fois si fragile et terriblement dangereux, et il savourait intérieurement cette sourde puissance qui bientôt allait se déchaîner sur ces millions de fourmis tout juste bonnes à piétiner la terre de leur bêtise séculaire. Son pèlerinage suivant était une opération autrement complexe ! Mais il y arriverait, même si cela devait encore lui demander plusieurs semaines de préparation. Pour tout dire, il y travaillait déjà depuis de nombreux mois et cela lui avait déjà coûté plusieurs dizaines de millions de dollars. Mais l’argent n’avait pas la moindre importance. Le résultat devait être, et serait... babylonien ! Avec beaucoup d’habilité et de dollars, il avait pu débaucher des techniciens et des physiciens hautement qualifiés. Ceux qui fuyaient les pénuries de l’ex-URSS se ramassaient par dizaines aux frontières de l’Irak, en Europe de l’Est, en Inde et au Pakistan. Le matériel avait coûté beaucoup plus cher que les hommes. Il avait eu l’idée géniale d’affréter un méthanier soviétique afin de le transformer secrètement en une véritable usine flottante. Le bâtiment croisait actuellement dans l’océan indien et pouvait atteindre les côtes du Japon d’ici une quinzaine de jours. Ses flancs recelaient déjà l’inestimable fruit du labeur de toute son équipe de techniciens nucléaires, lesquels travaillaient tels des mercenaires sans scrupules. Le plus ardu avait été de négocier, secrètement, l’achat de plusieurs quantités sous-critiques de matière fissile. Malgré les innombrables trafics entre les mafias russes et asiatiques, l’uranium de qualité ne se trouvait pas sous le pas d’un cheval. Il s’y mêlait aussi des espions aux multiples casquettes, des observateurs gouvernementaux indélicats, des militaires déserteurs en mal d’apocalypse, des politiciens incertains et toutes sortes d’industriels véreux... Moran Tabes avait dû naviguer dans ces eaux troubles durant des mois et gaspiller plusieurs dizaines de millions de dollars avant de pouvoir constituer un stock suffisant de matière pour finaliser sa bombe. Mais à présent, la chose était en bonne voie d’achèvement ! Il ne restait plus qu’à fignoler le détonateur, ce qui serait fait pour le début du mois d’août. Le largage ou l'installation de l’engin à l’endroit choisi ne serait plus qu’une formalité. C’était d’ailleurs sur ce dernier point que Moran demeurait le plus indécis. S’il avait pu fabriquer deux bombes, son pèlerinage atomique eût été parfait ! Mais, faute de moyens, il allait être forcé de décevoir les habitants de Nagasaki ou d’Hiroshima, il ne savait pas encore lesquels… Il prit la décision finale en admirant toutes les déclinaisons sanguines du ciel de Rome. |