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Ma femme avale ! Enfin, devrais-je ajouter. Je sais bien que cette information est pour vous parfaitement inintéressante. " Qu'est-ce que j'en ai à f… que votre femme avale ou non ? ", rétorquerez-vous d'un air faussement dégagé, mais où percent néanmoins une pointe d'excitation et un chouia d'irritation. (Ai-je bien résumé votre sentiment ? La pointe d'excitation est parfaitement compréhensible. Quant au chouia d'irritation, il est bien connu qu'un homme faisant librement état des mérites de sa moitié s'expose généralement à l'ire de celles et ceux ne pouvant s'enorgueillir de pareils " exploits ", même concernant une chose aussi insignifiante que celle dont il est question ici.) Bref, je comprends parfaitement votre attitude, à la fois curieuse mais distante. On le serait à moins. D'ailleurs, vous ne connaissez même pas ma femme ! Je suis impardonnable. Réparons cela sur-le-champ : Marinette, trente-cinq ans, brune aux yeux verts, 160 cm, 50 kg et pourtant un appétit d'ogresse. J'ai bien dit " pourtant ", car il y a entre son poids et son appétit une inadéquation flagrante qui fait toute mon admiration. À présent que vous connaissez Marinette, vous vous fichez toujours qu'elle avale ou non, n'est-il pas vrai ? Je ne vous en veux pas ! Ce n'est pas votre vie qui s'en trouve bonifiée, mais la mienne. Comme je vous comprends ! Mais voyez-vous, le fait que ma femme avale est un événement tellement inédit dans notre couple, et si soudain pour moi, que je ne puis m'empêcher d'en parler. Je ne vous cache pas que je suis fier et heureux de ce changement. Je ne saurais dire ce qui a enfin pu la décider à avaler. Les goûts changent au fil du temps, c'est bien connu. Peut-être est-ce d'avoir lu un article dans un magazine féminin où il était question des vertus amaigrissantes, voire curatives, de ce qui jusqu'alors la rebutait ? Peut-être est-ce le conseil d'une amie ? Peut-être a-t-elle tout simplement voulu me faire plaisir en se forçant un peu, avant d'y prendre goût ? J'ignore la raison précise de ce revirement, mais j'en éprouve une satisfaction sans bornes. De plus, j'y vois aussi le résultat de nombreuses années d'insistances de ma part. Cela faisait tout de même près de quinze ans que j'essayai de l'initier à ce plaisir ! En effet, si j'insiste si lourdement sur cette affaire qui, en d'autres circonstances, ne mériterait même pas un aparté entre copains de bistrot, c'est parce j'attendais ce moment depuis notre première rencontre. Je n'exagère pas. C'est dans les premiers jours de notre liaison que j'ai pu constater son dégoût pour la chose. Je m'en souviens comme si c'était hier, tant son attitude me décontenança. Il faut dire qu'à cette époque, elle acceptait à peine de la regarder, et elle n'aurait certainement pas voulu la prendre en bouche ! Cela se passait sur la côte normande. Nous dînions tous les soirs dans un charmant petit restaurant avec vue sur mer. Vous savez ce que c'est ! Nous venions de faire connaissance et mes invitations répétées au restaurant n'étaient rien de moins que des manœuvres au demeurant fort classiques pour conquérir le cœur et le corps de la belle. (Ce en quoi j'ai parfaitement réussi, je tiens à le préciser, quoi qu'il m'ait fallu avec elle plus de temps et d'efforts qu'à l'accoutumée. Marinette avait reçu " une éducation ", comme l'on disait encore en ce temps là, et elle cultivait cette sorte de pudeur que je dus vaincre avec délicatesse, élégance et même, disons-le, un certain raffinement. Etant donné qu'elle allait devenir ma femme pour la vie, ce dont je me réjouis chaque jour que dieu fait, je n'eus qu'à me louer de ma persévérance !) Lorsque nous abordâmes ce sujet pour la
première fois, notre discussion dut ressembler à ceci : Et voilà ! Nous eûmes des dizaines de passes d'armes de ce type au fil des années. Parfois, je haussais les épaules sans insister. En d'autres occasions, j'argumentais à n'en plus finir sur la finesse de cette saveur particulière, sur l'innocuité de la chose, sur la simplicité de l'expérience ou sur le plaisir qu'elle me ferait en essayant au moins une fois. Vous connaissez sa réponse. À part ce refus persistant, je dois dire que tout le reste fonctionnait parfaitement bien entre nous. J'ai mis le nez dans les moules aussi souvent qu'il m'était permis de le faire sans risquer d'en être dégoûté à jamais. Ma femme, quant à elle, refusa toujours obstinément de mettre en bouche ce qu'elle considérait comme " une offense au bon goût " ! Je ne sais pas où elle était allée pêcher ça puisque, comme je lui fis maintes fois remarquer, la plupart des femmes en raffolent ! - Peut-être que les autres femmes aiment
ça, mais pas moi !, minaudait-elle alors. Que pouvais-je faire d'autre ? Je n'allais tout de même pas la forcer, au risque de provoquer chez-elle un blocage définitif. Je m'armai donc de patience, espérant que le temps et les exemples autour de nous finiraient par vaincre ses répulsions. J'essayai de l'y amener progressivement en multipliant les occasions, en insistant juste ce qu'il fallait pour l'intéresser sans risquer de la rebuter. Cette tactique finit par payer. Il fallut le temps - quinze ans ! -, mais elle s'est enfin décidée. La première étape fut sans doute la plus pénible pour elle, tandis que moi j'observais la scène avec une délectation mêlée de surprise. L'affaire fut conclue en deux temps. Tout d'abord, elle mit d'un coup le petit animal en bouche et l'enleva aussitôt, une grimace indéfinissable tordant son visage. - Brrr... Quelle drôle de consistance !,
fit-elle. Elle la remit en bouche une seconde fois et la garda longtemps entre la langue et le palais. Cela lui fit de ravissantes joues rondes et des yeux à la japonaise pétillants de malice. Son visage se colora de pourpre et, à vrai dire, eut bientôt l'air d'une bombe prête à éclater. Ma femme hésitait visiblement sur la suite à donner à cette première expérience. Elle n'osait guère la mordiller, se contentant de l'enrober de sa langue comme si cela pouvait la faire fondre. Mais elle goûtait la chose et ses préjugés négatifs s'effaçaient de seconde en seconde ! Finalement, elle s'en occupa comme il fallait et, au bout du compte, avala. J'étais tellement admiratif et surpris en même temps, qu'aucune parole ne put franchir mes lèvres. Elle me regarda enfin avec un sourire étrange et je sortis peu à peu de ma stupeur. - C'était bon, articula-t-elle finalement.
J'en veux encore ! |