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C'est une question de semaines, de mois tout au plus. L'attente dans le doute et la crainte, cher lecteur, fait aussi partie du sort que je te réserve. Très bientôt, ils viendront te chercher. Des policiers. Des coups vigoureux contre ta porte d'entrée, ou l'innocent tintement du carillon, et tu iras ouvrir. Peut-être seras-tu intercepté sur ton lieu de travail ? Dieu seul sait où et comment cela se passera. Seule certitude, cela va bientôt t'arriver. Tu peux déménager, changer d'identité ou même fuir à l'étranger, ils te retrouveront toujours. Tu t'imagines en cavale ? Allons ! Tu es quelqu'un d'ordinaire et ta vie ne ressemblera jamais à un film policier. L'endroit, le moment et la manière, cela n'a pas d'importance. Mais cela aura lieu, et le fait que tu sois prévenu ne changera rien à la chose. Tu peux toujours imaginer que cela ne t'arrivera pas, parce que les choses auront l'air de traîner, parce que tu as des relations dans les hautes sphères de la justice ou parce que tu es un chanceux devant l'éternel, mais tu ne passeras pas entre les mailles du filet, je te le dis ! Je peux même te décrire la scène. Il y aura au moins deux flics en uniforme ou en civil. Aucune importance, tu les reconnaîtras au premier coup d'œil. Puisque tu auras lu cette histoire, tu sauras pourquoi ils sont là. Ils exhiberont une plaque, une carte ou un badge. La première question, cinglante, sera la vérification de ton identité. Tu t'exécuteras, tu approuveras. Voilà, c'est fait, tu es ferré ! Le policier resté en retrait t'observera avec plus d'attention que son collègue à qui tu auras répondu. C'est leur tactique. Celui-là contrôle tes réactions et se tient prêt à intervenir, une de ses mains en position pour saisir son arme de service. Son autre main joue négligemment avec la paire de menottes qui te sera passée. Eh oui ! Ces bracelets chromés sont pour toi. Objets inutiles puisque tu te rendras sans opposer la moindre résistance. Mais ils te les passeront quand même, c'est la tradition. Cent raisons existent pour justifier ces entraves : le règlement, la sécurité, le moindre soupçon de rébellion dans ton attitude, ton pedigree qui n'est peut-être pas sans tache, l'envie de t'humilier devant ta famille, tes voisins ou tes collègues de travail, et ainsi rehausser au passage leur ego de petit flic de seconde zone. Car, naturellement, ce ne seront pas des super-flics qui viendront te chercher, mais des policiers très ordinaires. Cela se passera comme dans un rêve, une impression de déjà-vu, de déjà-vécu. Les pandores seront antipathiques car tu les jugeras ainsi. En réalité, ils ne feront que leur boulot, une routine qu'ils pimentent à leur manière, en théâtralisant leur attitude. Si, en cette minute, tu pouvais avoir un détachement suffisant, sans doute reconnaîtrais-tu quelque scène empruntée à l'univers stéréotypé des séries télévisées. Tel inspecteur blasé grommelant des insanités à ton égard ; tel autre, cynique et déjà prêt à te mettre la raclée de ta vie au premier geste suspect ; tel autre encore, lisant tes droits de façon académique ; ou encore celui à l'imperméable fripé, mâchouillant un cigare éteint, le dos voûté et qui te parleras de sa femme. Aucune importance. Ton esprit papillonnera tellement que tu n'enregistreras pas la moitié de ce qui t'arrivera. Cela s'appelle la peur, cher lecteur ! Pour toi, ce moment sera brutal et irréel. C'est normal, après tout, car il s'agit de l'arrestation d'un assassin !
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