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- Asturia, vous êtes géniale ! s'exclama le commandant du vaisseau Dérésien (et la plus belle pouliche de toute la galaxie, songea-t-il dans la foulée, sachant que la belle, malgré ses indéniables capacités intellectuelles, n'était pas télépathe). Elle avait un cul large et rebondi comme une barrique de rasoil, c'est dire ! Des cuisses énormes, des hanches à ne pas pouvoir en faire le tour à moins d'être deux, et une double paire de seins à faire pâlir d'envie la nourrice du fiston de l'Empereur. Comme si cela ne suffisait pas pour rendre tous les mâles du vaisseau incapables de penser à autre chose qu'à l'embarrassante excroissance bossuant leur kilt, Asturia avait le plus délicieux visage qui se puisse imaginer. Trois yeux vairons naturels, une trompe exquise, une bouche finement ourlée de trois paires de lèvres molles, un cou plein et fort où les ouïes atrophiées se distinguaient à peine, et pour parachever ce miracle esthétique, une couronne de poils écailleux du plus beau vert. Cela expliquait sans doute pourquoi le commandant Robor en perdait constamment le cap et le compas, lui qui avait la charge d'escorter la belle Dérésienne dans ses pérégrinations galactiques. Pourtant, il savait qu'il n'avait aucune chance avec la belle scientifique, malgré son titre de commandant, de pouvoir introduire autre chose que des lieux communs dans une conversation banale. Ce qu'il pouvait raconter de plus spirituel, élaboré en pensée durant ses longues heures de veille au poste de pilotage, n'intéressait jamais sa passagère plus de quelques minutes. Il avait bien essayé de l'impressionner en poussant son vaisseau au-delà des limites de sécurité sur la Starway-29, mais le mugissement douloureux du matamoteur en phase de surchauffe ne l'avait même pas inquiétée. Il avait aussi essayé de l'inviter dans ses quartiers réservés en l'appâtant avec un festin de nochilles vibrantes steltiennes, mais la belle préférait la nourriture simple et roborative servie au mess des officiers. Par voie de conséquence, Robor n'avait jamais autant partagé la soupe de l'équipage que depuis qu'il convoyait Asturia, ce qui d'ailleurs en faisait rigoler plus d'un à bord. Ce n'était pas avec son physique de gulat irradié, sa trompe vérolée, ses horribles yeux bleus et son crâne complètement dégarni d'écailles qu'il pouvait espérer séduire une femme plus belle et plus intelligente que toutes celles qu'il avait pu croiser depuis trente siècles de temps relatif sur les centaines de mondes colonisés par les Dérésiens ! Ce constat valait d'ailleurs pour tous les membres de l'équipage. D'ailleurs, s'il fallait en croire certaines rumeurs, Asturia n'était guère attirée par la gent masculine. Aussi, l'équipage se contentait de rêver, quelques-uns se tripotaient l'axolle et le commandant en perdait constamment le cap et le compas... Un premier vaisseau Dérésien était passé près de l'orbite terrestre quelques années auparavant et l'équipe scientifique mandatée par Asturia avait lancé une sonde Aspalix en direction de la terre. Il faut dire que la planète ainsi nommée par ses habitants, la troisième d'un système solaire de moyenne catégorie, était depuis longtemps répertoriée comme appartenant à la catégorie des mondes habitables. C'était même exactement ce qu'il fallait aux Dérésiens pour établir une nouvelle colonie, à quelques aménagements près. À présent, la belle scientifique venait vérifier en personne les résultats de l'opération. Et elle pouvait être fière ! Ce qu'ils découvraient semblait un succès magistral. Un succès qui, personne n'osait plus en douter, allait bientôt révolutionner la manière dont les prochains mondes seraient colonisés. La sonde Aspalix était l'idée d'Asturia, sa création, son bébé ou plus exactement son " œuf " ! Elle y avait consacré sa vie et s'était battue, usant d'ailleurs de ses charmes lorsque cela s'était révélé utile, pour en imposer l'idée auprès des dirigeants de l'empire Dérésien. Ceux-ci, localisé sur la planète Dérésia II (Dérésia-Mère ayant été détruite des millénaires auparavant par ce qu'il fallait bien appeler une utilisation imprudente et abusive de la Machine-à-Défaire !), s'étaient d'abord récriés à l'idée d'entendre parler une nouvelle fois de cette machine infernale. Plus exactement, les lois de l'Empire autorisaient l'utilisation de la Machine-à-Défaire (MAD) jusqu'à sa version 4, la version 5 restant quant-à-elle formellement interdite ! L'envie de se resservir une nouvelle fois de la cinquième version de cet engin ne serait d'ailleurs venue à personne dans les limites de l'espace connu ! Néanmoins, l'idée d'Asturia avait fait son chemin. Il faut dire que la colonisation des nouveaux mondes coûtait cher à l'Empire Dérésien. La poussée démographique devenait un facteur avec lequel il fallait compter davantage de siècle en siècle. Le coût des équipes colonisatrices hautement spécialisées, ainsi que l'énergie nécessaire pour engager ces missions longues et périlleuses, mettaient régulièrement à mal les finances de l'état. Aussi, s'il était prouvé qu'une utilisation indirecte et judicieuse de la MAD-5 pouvait permettre d'arriver au même résultat à moindres frais, cela changeait considérablement les données du problème. Malgré les réticences dues au souvenir des effets désastreux de la MAD-5, laquelle avait entièrement détruit Dérésia-Mère, la conduite de cette nouvelle expérience avait finalement été acceptée. La planète Terre, située hors des limites actuelles de l'empire, avait été choisie comme zone de test. Après tout, si le procédé envisagé ne donnait pas les résultats escomptés, les équipes dérésiennes en seraient quittes pour coloniser l'endroit selon les bonnes vieilles méthodes ou, au pire, pour l'abandonner à son triste sort. La perte ne serait pas énorme dans les deux cas. Par contre, si cela fonctionnait bel et bien de la façon dont Asturia l'avait expliqué devant le Congrès et en présence de l'Empereur lui-même (lequel n'avait pas été insensible à ses charmes, ce qui n'avait pas manqué de peser en sa faveur lors de la décision finale), alors on allait assister à une véritable révolution dans la manière de coloniser de nouveaux mondes. Or, visiblement, l'expérience avait parfaitement fonctionné ! Non pas au-delà des espérances, mais exactement comme cela avait été calculé. Cela valait d'ailleurs mieux ainsi car, si le processus était allé un poil trop loin, la planète aurait sans doute perdu l'essentiel des attraits qui en faisait, justement, un monde intéressant pour la colonisation. Oui, Asturia pouvait être fière ! Son rapport allait enchanter ses supérieurs et lui valoir des honneurs et des avantages à la hauteur de son génie. Devant la baie-vision du poste de commande, Asturia, Robor et une demi-douzaine de membres d'équipage admiraient des vues détaillées de la planète, retransmises en direct par un robot-explorateur Kadoga. La belle scientifique, qui connaissait les précédents rapports d'observation concernant la terre, détaillait certaines vues, expliquait, citait même des noms et des localisations qui n'évoquaient rien de précis aux autres spectateurs, mais ceux-ci se gardaient bien de l'interrompre, fascinés qu'ils étaient à la fois du spectacle et du commentaire. L'énumération dura ainsi de longues minutes. Tous écoutaient et regardaient attentivement, mais il faut bien le dire, les triplets d'yeux quittaient fréquemment l'écran pour dériver vers la gracieuse silhouette d'Asturia...
- Cela me semble parfait, émit finalement Robor. Pendant un instant, Robor crut que la belle allait, enfin, lui sauter au cou et lui tordre la trompe de contentement. Mais il déchanta vite en voyant qu'elle se contentait de battre des trilles, se congratulant ainsi elle-même mieux qu'il n'aurait pu le faire pour elle. Quelle belle garce ! songea-t-il en se grattant discrètement la base de l'axolle. La sonde Kadoga voyageait d'un point à l'autre de la planète, des pôles aux forêts tropicales, des mers du sud aux steppes venteuses d'une région appelée Sibérie. Elle survola des océans, d'autres forêts, des chaînes montagneuses aux sommets enneigés, des vallées fertiles, des déserts, des plaines, des lacs et des rivières. Elle s'attarda par-dessus des villages, des cités, des métropoles immenses et étrangement calmes. Elle filmait et retransmettait instantanément une multitude de vues de tous les coins de la planète. À présent, l'écran montrait une troupe de babouins tranquillement installés sur un rocher, au bord d'une mer bleue et chaude. L'attitude de certains mâles n'étaient d'ailleurs pas sans rappeler celle du commandant Robor, en à peine moins discrète. Soudain, un " bib " sonore creva le relatif silence de la retransmission.
- La sonde a trouvé ! triompha la jolie scientifique. Asturia se contenta d'osciller du buste en signe d'approbation. La MAD-5 était forcément défaite ! Tout le monde savait cela ! Aussitôt, cinq pièces de toile triangulaire en rutil plastifié et couvertes de scynoglyphes jaillirent du faxradio. - Voici la traduction du document terrien, annonça fièrement le responsable des télécommunications en brandissant la petite liasse de rutils. Le commandant s'en empara et, exécutant une double vrille avec une souplesse dont on ne l'aurait cru capable, il la présenta lui-même à la jolie scientifique.
- C'est bien ce que nous espérions, émit celle-ci après quelques secondes de lecture. Ce document terrien est plus précieux que tous les rapports que nous pourrions rendre. Il s'agit ni plus ni moins d'une sorte de mémo relatant la création de la MAD, ainsi que ses améliorations successives.
Elle commença alors la lecture de sa douce voix stridulante : Elle se torcha délicatement la trompe avant de poursuivre. Ce simple geste prenait chez-elle des dimensions d'un érotisme torride, chose qu'elle ne soupçonnait même pas mais qui ne pouvait échapper aux mâles butinant à peu de distance le moindre de ses soupirs.
- Plutôt que de s'attaquer aux différents problèmes en dispersant son génie dans les innombrables secteurs nécessitant des solutions d'urgence, Lobsgay eut alors la plus merveilleuse idée jamais jaillie d'un cerveau humain ! Il conçut, et ce en seulement quelques mois, le principe premier d'une machine universelle capable de résoudre tous nos problèmes les uns après les autres. Les Dérésiens échangèrent quelques regards, chacun clignant frénétiquement de son œil central en un signe d'évidente satisfaction. Manifestement, l'histoire qu'Asturia lisait était exactement ce que chacun désirait entendre. La belle reprit sans attendre :
- La Machine-à-Défaire, évolution 2 (titre suivant). La version 2, en effet, permit d'effacer non seulement nos erreurs récentes ou anciennes, mais aussi ce qui ne relevait pas d'erreurs proprement dites, mais bien " d'états de faits ". Ainsi, des cibles comme un tas de gravats encombrants, une décharge d'immondices, un étang pollué… purent être traités par la MAD-2 ! Les gravats disparaissaient, de même que les immondices, et l'étang redevenait une étendue d'eau saine et propice au rempoissonnement. Avec cette nouvelle machine simple et peu coûteuse, reproduite et distribuées à des millions d'exemplaires, ne nécessitant aucun entretien particulier et fonctionnant grâce l'énergie photoélectrique, les hommes s'en donnèrent à cœur joie pour assainir jusqu'aux zones les plus isolées de la planète. Le spectre de visée automatique de l'appareil permettait d'envoyer à tout-va les merveilleuses ondes, lesquelles ignoraient superbement ce qui ne devait pas être défait tout en étant impitoyables envers ce qui devait l'être ! Asturia fit une pause et s'aspergea de frostilles rafraîchissantes fournies par le synthétiseur du bord. Le spectacle de cette belle femme se douchant ainsi en toute simplicité fit presque défaillir la moitié de l'équipage ! Robor eut même l'audace de récupérer une des graines qui s'était innocemment coincée dans un pli abdominal de la belle et il la ficha non moins innocemment dans un coin de sa trompe avec un air de fausse négligence qui ne leurra personne.
- La Machine-à-Défaire, évolution 4, chanta la divine Asturia. Au stade de la version précédente, l'état de la planète était devenu quasi paradisiaque. La terre avait retrouvé presque toute sa netteté environnementale, sa beauté écologique, depuis les plus hauts sommets jusqu'aux profondeurs abyssales, depuis les grottes profondes jusqu'au coeur des mégalopoles et même dans les zones industrielles les plus insalubres. À présent, les industries produisaient de manière judicieuse, optimisée au maximum et sans plus engendrer de nuisances. Les ressources parfaitement saines abondaient, naturellement. Les communautés se comportaient enfin intelligemment, non par choix mais par la force des choses, toutes nos erreurs étant instantanément corrigées. Les modifications apportées sur la MAD-4 permirent alors de s'attaquer aux nuisances bio-structurelles. Ce fut une bénédiction de plus pour l'humanité ! En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les problèmes de santé qui subsistaient encore malgré le total réaménagement environnemental qui, indirectement, avait déjà corrigé bon nombre de déficiences et de maladies, furent aussi résolus. Les maladies dégénératives, les problèmes héréditaires, les séquelles d'accidents, les handicaps moteurs et mentaux, les malformations diverses… tout cela fut effacé par la MAD-4 ! Il suffisait d'une brève exposition au rayon et tout rentrait dans l'ordre sans risque de récidive ou d'effets secondaires. Pour faciliter l'exposition de toute l'humanité au généreux rayon régénérateur, la MAD-4 fut directement raccordée sur les réseaux mondiaux de télédiffusion, ce qui, grâce aux satellites, permit d'inonder d'un seul coup toute la surface de la planète. Cela acheva d'effacer les derniers foyers de nuisances qui avaient pu échapper à la vigilance des équipes préalablement armées de modèles portatifs. Suite à cette exposition, les êtres humains devinrent tous très beaux, très sains et très forts, ce qui agrémenta encore le nouveau spectacle que chacun put découvrir en parcourant un monde entièrement remodelé en seulement quelques années. Sur cette conclusion, Asturia péta d'autosatisfaction et tous les mâles de l'équipage se pressèrent autour d'elle pour mieux humer de leurs trompes affolées les ineffables effluves émanant des orifices anaux de la belle Dérésienne, effluves qui rappelaient à s'y méprendre le délicat fumet du karigo des marais, un régal…. |